Cercle Diplomatique de Paris
Newsletter n°3
Mars 2025

LA VIE DU CERCLE
Par Michael Deboudt et Jean Réveillon
Fondateurs du Cercle Diplomatique de Paris
Paris, lieu de dialogue dans un monde fragmenté
Le Cercle Diplomatique de Paris est né d'une conviction simple : dans un monde de plus en plus fracturé, marqué par des tensions croissantes et une forme de brutalisation des relations internationales qui met à l'épreuve nos valeurs fondamentales, il est plus que jamais nécessaire de préserver des espaces de dialogue. Des lieux où l'on se parle, où l'on s'écoute, et où peuvent se construire les équilibres de demain. Ce lieu, nous avons choisi de l'inscrire à Paris.
Non pas seulement comme une capitale, mais comme une place diplomatique à part entière. Paris incarne une histoire, une tradition et une responsabilité : celle de porter des valeurs de liberté, de fraternité et d'ouverture. Dans un contexte international traversé par les tensions, elle doit rester un point d'ancrage où le dialogue demeure possible, même lorsque les positions semblent irréconciliables.
C'est dans cet esprit que le Cercle Diplomatique de Paris entend contribuer à la réflexion sur le rôle de la France et sur son ambition en matière de coopération internationale. À l'heure où les équilibres géopolitiques se recomposent, cette coopération apparaît plus que jamais comme une nécessité stratégique, autant qu'un impératif politique.



ACTUALITÉS DU CERCLE
Marquée par la présence de Madame la ministre Eléonore Caroit, la nouvelle soirée du Cercle nous a ouvert le champ très large des partenariats internationaux avec un focus particulièrement centré sur la Francophonie, tout autant qu'un regard spécifique sur un pays mis à l'honneur par la présence de ses Ambassadeurs, la République Dominicaine. En effet, Madame la Ministre bénéficiant de la double nationalité puisque native de l'île caraibéenne, était entourée de leurs excellences Sonia Barbry, ambassadrice de la France à St Domingue et David Puig, ambassadeur de la République Dominicaine à Paris.
Dans cette perspective, plusieurs axes de travail ont d'ores et déjà émergé. Ils portent notamment sur le rôle du sport, de la culture et du tourisme comme vecteurs de coopération internationale, sur les dynamiques régionales en Europe, notamment dans les Balkans, sur les enjeux de partenariat en Afrique, sur la francophonie comme levier d'influence et de dialogue, ou encore sur les défis liés à la cybersécurité. Autant de domaines où se joue, en profondeur, la capacité des États et des sociétés à coopérer durablement.
Cette ambition prend une résonance particulière dans le contexte actuel. À l'heure où les rapports de force tendent à supplanter les logiques de concertation, où les extrémismes fragilisent les équilibres démocratiques et où la désinformation altère la capacité des citoyens à exercer leur jugement, la question du dialogue n'est plus secondaire. Elle devient centrale.



L'INTERVIEW DU CERCLE

Madame Eléonore Caroit
Ministre déléguée, chargée de la Francophonie, des Partenariats Internationaux et des Français de l'étranger
"La Francophonie est un vecteur puissant pour refuser les hégémonies"
Cercle Diplomatique de Paris
"En quoi la francophonie peut-elle aujourd'hui être une réponse aux impérialismes que nous connaissons ?"
Eléonore Caroit, Ministre déléguée
"La francophonie tout d'abord, c'est bien plus qu'un simple terme technique, parfois perçu comme un peu désuet, un peu poussiéreux. La francophonie aujourd'hui, c'est une alternative, une influence, une ouverture. C'est une réponse au déclassement. C'est également une résilience, une résistance, mais surtout une décision. Une décision que prennent certains pays qui, comme la République Dominicaine par exemple, n'ont pas le français comme langue officielle, ni nationale, qui ne sont même pas historiquement liée à leurs racines, mais qui choisissent pourtant de rejoindre cet espace, d'abord comme observateurs, puis comme membres associés. Pourquoi ce choix ? Parce que le français est une langue que l'on décide d'apprendre pour ce qu'elle représente. Parce qu'elle est porteuse de valeurs, et d'ailleurs l'Organisation Internationale de la Francophonie s'est dotée d'une charte de valeurs : la démocratie, l'égalité entre les femmes et les hommes, voilà tout ce qui fait et représente aujourd'hui la francophonie. Nous sommes redevenus cette année la quatrième langue la plus parlée au monde, et surtout la deuxième langue la plus apprise."
Cercle Diplomatique de Paris
"Dans un monde où il devient difficile de parler à tous autour d'une même table, comment continuer à dialoguer ?"
Eléonore Caroit, Ministre déléguée
"Dans un monde où il devient difficile de parler à tous autour d'une même table, il faut choisir ses cercles, ses espaces de dialogue, des lieux où l'on peut encore échanger, se dire des vérités, être en désaccord mais continuer à dialoguer. Car le dialogue doit rester notre boussole, notre phare. Et ce dialogue a besoin de mots, il a besoin d'être incarné. Je pense que la langue française, par sa richesse, ses nuances, ses subtilités, par son histoire, est un vecteur puissant. Un vecteur pour affirmer que nous refusons l'uniformisation linguistique, que nous refusons les hégémonies, et que nous faisons le choix du dialogue, de la lecture, de l'écriture. Bref, de ce qui est au cœur même de notre humanité."
Cercle Diplomatique de Paris
"Dans un contexte de rivalités accrues voire de tensions permanentes entre grandes puissances, quelle place existe-t-il encore pour la coopération internationale ?"
Eléonore Caroit, Ministre déléguée
"Parler de l'avenir de la coopération internationale, c'est parler en réalité de notre avenir à tous. Cette coopération, que l'on appelle désormais les partenariats, est le pendant de l'action militaire, absolument nécessaire : comme les deux faces d'une même pièce. En dépit des vents contraires, la France soutient et soutiendra toujours, j'espère pouvoir dire toujours, la coopération internationale. Comment appréhender efficacement des enjeux qui dépassent nos frontières comme la santé, l'éducation, les forêts, la biodiversité et qui nous concernent pourtant directement ? Le repli sur soi, la volonté d'ignorer cette réalité seraient une forme de déni, tandis que l'unilatéralisme et la loi du plus fort ne font évidemment qu'aggraver ces tensions. La France reste fidèle à l'idée de solidarité internationale. Mais, comme je le disais, cette solidarité est aussi un investissement, une nécessité. C'est ce que nous faisons en ce moment au Liban. L'aide au développement, comme on l'appelait, est en pleine transformation. Nous cherchons à concilier la réponse aux besoins de nos partenaires avec la défense de nos intérêts stratégiques, car les deux sont liés. C'est un choix pragmatique : le développement de nos voisins a des conséquences directes sur notre prospérité et sur notre sécurité."
LA TRIBUNE DU CERCLE

Quand l'intelligence artificielle fait taire les voix humaines
Par Judith Bérard
Auteure-compositrice-interprète et actrice canadienne
En tant que membre du Cercle Diplomatique de Paris, j'ai eu l'honneur de prendre la parole devant Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, lors de la soirée précédant le dîner à l'Hôtel du Cercle National des Armées. Grâce à l'introduction de Jean-Paul Delevoye, profondément touchée par notre échange, j'ai pu partager une réalité intime, encore trop souvent invisible : celle d'une artiste confrontée à une transformation brutale et déstabilisante de son métier.
Après plus de trente ans de carrière comme chanteuse, actrice, auteure-compositrice et productrice, mon univers artistique s'est écroulé en janvier dernier. Les voix que j'incarnais depuis des années, dans plusieurs langues, ont été remplacées par une intelligence artificielle.
Derrière cette évolution technologique, il y a une expérience profondément humaine : celle de voir disparaître une part de soi, de son travail, de son identité artistique. Quelques mois auparavant, des algorithmes intégrés aux plateformes musicales, telles qu'iTunes ou Spotify, avaient déjà réussi à reproduire la voix de l'un de mes artistes italiens à succès, proposant désormais aux utilisateurs un avatar vocal semblable, comme une présence sans corps, sans histoire, sans vécu.
Cette prise de parole a été pour moi un moment rare : celui de transformer un silence en parole, et une épreuve personnelle en témoignage. J'ai pu partager avec Madame la ministre un regard de terrain, concret et sincère, sur les risques que ces technologies font peser sur les voix artistiques, la propriété intellectuelle et l'avenir de nos carrières.
Je tiens à exprimer ma profonde gratitude à Monsieur Delevoye pour son soutien, ainsi qu'à Madame la ministre pour son écoute attentive et sa bienveillance. Dans cet espace d'échange qu'est le Cercle Diplomatique de Paris, j'ai ressenti combien la parole, lorsqu'elle est entendue, peut apaiser, relier et faire émerger une prise de conscience. Ces moments rappellent que, malgré les mutations technologiques, ce sont les rencontres humaines qui donnent du sens à nos engagements.
Nous n'avons peut-être pas encore toutes les réponses. Mais reconnaître ces réalités, leur donner un visage et une voix, c'est déjà commencer à mieux les comprendre pour, un jour, les déconstruire.
LES LECTURES DU CERCLE

Pourquoi le français est une langue économique d'avenir ?
Par la CCI Paris Ile-de-France
Publié dans les Échos
En 2050, le français pourrait être pratiqué par 8 à 10 % de la population mondiale. Au-delà de l'atout culturel, la maîtrise de la langue de Molière représente donc un vecteur d'influence, de mobilité et d'opportunités économiques. Un enjeu bien compris par la chambre de commerce et d'industrie Paris Île-de-France, qui forme et certifie chaque année des dizaines de milliers d'apprenants.
Avec près de 300 millions de locuteurs dans le monde, c'est aujourd'hui la seule langue parlée sur les cinq continents et la cinquième langue derrière le mandarin, l'anglais, l'espagnol et l'arabe. Selon les projections à horizon 2050, avec l'augmentation de la population du continent africain, on pourrait atteindre un milliard de locuteurs, soit près de 8 à 10 % de la population mondiale. Notre langue se trouve ancrée dans des zones de très forte croissance à la fois économique et démographique.
Longtemps perçu comme une langue de culture ou de diplomatie, le français s'impose donc aujourd'hui comme un outil stratégique pour développer son business, renforcer la confiance entre partenaires et fluidifier les échanges. Les chiffres de l'Organisation internationale de la francophonie attestent que les échanges entre pays francophones sont 18 % plus élevés que ceux entre pays sans langue partagée, et leur PIB moyen supérieur de 4,2 %.
Au Canada, des pistes pour lutter contre le "déclin" de l'usage du français
Par Martin Gauthier
Courrier international
Des statistiques récentes montrent, en particulier hors du Québec, la baisse de l'usage de la langue de Molière au Canada, officiellement bilingue depuis cinquante-sept ans. Si, selon ces données, 85 % des Québécois parlent régulièrement le français à la maison, seuls 27 % des habitants de la province voisine du Nouveau-Brunswick font de même. Ensuite, les chiffres sont très bas : 2,8 % en Ontario et 1,1 % dans "les sept autres provinces du pays".
Cette réalité statistique mène au constat que la noble vision d'un Canada bilingue, portée par la loi sur les langues officielles de 1969, n'a pas empêché le français de s'effondrer à l'extérieur du Québec. Montréal est également affecté, avec seulement 42 % des habitants de l'île parlant uniquement le français à la maison. En raison du vieillissement de la population et du personnel de santé, les communautés francophones du pays qui vivent en minorité se trouvent à l'épicentre d'une "tempête parfaite".
Le Canada est déjà multilingue. Plutôt que de protéger le français comme un bastion assiégé, il faut en faire la langue seconde de choix d'un projet national mobilisateur. Trois axes émergent : présenter le français comme le pilier d'une identité plurilingue, tripler l'accès à l'immersion française pour atteindre d'ici à 2045 la moitié des élèves anglophones, et financer des dispositifs d'entraide linguistique. Pour une puissance moyenne dans un monde de géants unilingues, le pluralisme linguistique n'est pas un fardeau, mais un atout stratégique.
